lundi 31 décembre 2012

Serres : "Ce n'est pas une crise, c'est un changement de monde"



INTERVIEW - Michel Serres, philosophe, historien des sciences et homme de lettres français, décrypte le monde de demain pour le JDD.

Michel Serres est une vigie plantée en haut du mât de notre époque. Du haut de son gréement, de ses 82 ans, de sa culture encyclopédique, de son temps partagé entre les cultures française et américaine qu'il enseigne, ce philosophe académicien nous décrit les changements qu'il observe sur l'équipage humanité que nous sommes. En curieux de tout qu'il est, il guette avec impatience et gourmandise les évolutions qui nous arrivent, comme un des matelots de Colomb aurait scruté l'horizon dans l'espoir de nouvelles terres. Son constat sur notre époque est simple : le monde, depuis cinquante ans, traverse une révolution comme l'humanité n'en a connu jusque-là que deux d'une telle ampleur. Avec un constat pareil, un autre que lui serait grognon et inquiet. Serres est un optimiste impénitent. L'avenir du nouveau monde appartient à Petite Poucette *, ainsi qu'il a baptisé l'archétype du "nouvel humain" encore en devenir, en référence à son usage du téléphone et de l'ordinateur. Et cette Petite Poucette-là, qui est sur le point de "prendre les commandes", n'a pas fini de nous surprendre… 

La crise est-elle bientôt finie?
 La crise financière, c'est probable. Je ne suis pas un économiste, ni un spécialiste de la finance, mais ce que je vois, c'est le tableau global. On ne parle que d'économie! Une campagne électorale, ce n'est que ça : l'emploi, la dette, le budget ! Elle a envahi la totalité de la discussion publique. Or notre monde traverse une phase de changements gigantesques. Comme on est obnubilé par l'économie, on ne pense la crise qu'en termes économiques, mais il y a tellement de choses plus importantes qui nous mettent en crise! Cette crise d'ailleurs, c'est principalement le malaise dans nos têtes devant les immenses changements qui sont à l'œuvre.

Par exemple… 
Nous étions 50% d'agriculteurs à la fin de la guerre et ils ne sont plus que 1%. Pendant ma vie humaine, et c'est unique dans l'histoire, la population mondiale a doublé deux fois! Quand je suis né, on était 2 milliards, on est 7 milliards aujourd'hui. Dans la même période, l'espérance de vie a triplé. C'est tout cela que l'on ne voit pas.

Pourquoi?
 On sait qu'un tremblement de terre se passe en surface. Or la théorie des mouvements de plaques l'explique par des mouvements profonds. Ce que j'essaie d'expliquer, ce sont les mouvements profonds. La fin de l'agriculture, la victoire sur la douleur en médecine, l'allongement de l'espérance de vie. Tout cela a des conséquences énormes : quand mon arrière-grand-père se mariait, statistiquement, il jurait à sa compagne fidélité pour cinq à dix ans, maintenant c'est pour soixante ans. On dit toujours "mariage", mais un engagement pour dix ans et un engagement pour soixante ans, ce n'est plus pareil! Il y a beaucoup de choses qui ont secrètement changé, qu'on ne voit pas changer, mais qui ont complètement bouleversé le monde. On est passé, en moins de cinquante ans, dans un nouveau monde.
«Il y a eu trois secousses dans les années 1960 qui ont précédé le tremblement de terre des années 1980.»

Quand situez-vous cette bascule? 
Précisément au milieu des années 1960. En 1965, 1966, on ne se souvient plus de cela aujourd'hui, mais il y a eu des révolutions agricoles dans beaucoup de villes françaises. Il y a eu des morts à Rodez, à Quimper, à Millau. La paysannerie s'apercevait tout d'un coup qu'elle changeait de monde. Au même moment, l'Église catholique a fait son aggiornamento, avec le Concile. Et puis il y a eu la révolution étudiante, en 1968, mais c'est la dernière des trois secousses. Il y a donc eu un premier tremblement de terre à cette période-là. Il a précédé le vrai tremblement de terre, celui des années 1980, avec l'arrivée des nouvelles technologies. 

Celle que vous appelez "Petite Poucette", parce qu'elle a toujours en main le clavier de son téléphone, est née à ce moment-là… Comment la définissez-vous?
 Oui, Petite Poucette est née au début des années 1980. Elle a une trentaine d'années aujourd'hui. Les gens comme moi, nés d'avant l'ordinateur, nous travaillons AVEC lui. Nous sommes en dehors de l'ordinateur. Petite Poucette, elle, vit DANS l'ordinateur. Pour elle, l'ordinateur n'est pas un outil, mais fait partie de ses conditions de vie. Elle est sur Facebook, les réseaux sociaux, son téléphone est branché avec elle… 

C'est-à-dire "dans" l'ordinateur? 
Je vous donne des exemples. L'autre jour, un de mes petits-fils vient chez moi en deux-roues, et il était en panne. Il démonte son engin et me dit : "Regarde…" Il avait une pièce qu'il ne savait pas où remettre. Il m'a demandé mon téléphone portable et, hop, il a trouvé la solution à son problème… Il vit dedans. C'est vrai aussi de mes étudiants à Stanford, à qui j'ai fait corriger mon livre, c'est vrai aussi des patients à l'hôpital… Regardez les conséquences : quand j'étais jeune, par exemple, on n'aurait jamais demandé à un chirurgien après une opération ce qu'il avait fait dans votre ventre. Aujourd'hui, n'importe quel patient, s'il a "un pet de travers", tape "pet de travers" sur son ordinateur avant d'aller voir le toubib. Et il va pouvoir en parler avec son médecin. Cela change tout. Dans Petite Poucette, j'appelle ça "la présomption de compétence" qui s'est renversée. Avant, le toubib, l'avocat, l'enseignant, avaient une "présomption d'incompétence" à l'égard de ceux auxquels ils s'adressaient. Aujourd'hui, si j'entre dans un amphi pour faire un cours sur la cacahuète, je sais qu'il y a certains étudiants qui ont tapé "cacahuète" sur Wikipédia la veille, et donc je dois faire cours en fonction de ça. Petite Poucette arrive à présent sur le marché du travail. Il y a des instits, des profs, Petites Poucettes d'aujourd'hui, et cette vague est en train de construire le nouveau monde. 

Petite Poucette a commencé par devenir trader… 
Oui, si on veut! Les traders, c'est le numérique depuis longtemps… Les échanges instantanés à l'échelle de la planète et ce numérique-là sont en grande partie responsables de la crise financière. On a vu ce qui s'est passé pour la musique. Cela a foutu en l'air le marché du disque… Parce qu'aujourd'hui le rapport numérique/financier est très difficile à maîtriser. Comment faire un droit dans cet espace de non-droit qu'est la Toile? Pour l'instant, on ne voit pas comment on pourrait faire entrer le commerce là-dedans… On ne sait pas encore très bien comment le rapport marchand va évoluer. Mais cela devrait se régler dans les dix ans qui viennent. Les journaux aussi sont en crise, mais ce n'est pas une crise de l'information. Petite Poucette est surinformée, elle sait beaucoup plus de choses que lorsque les journaux étaient florissants. L'université aussi est en crise. Comment enseigner aujourd'hui? À quoi servent les bibliothèques alors que j'ai tous les livres du monde chez moi? Voyez tout ce qui change! 

Et cela nous inquiète… 
Nous sommes, en France, dans le pays le plus inquiet concernant les sujets scientifiques. Pourtant, on était un des pays les plus optimistes à cet égard au début du XX e siècle. Il y avait Jules Verne, le palais de la Découverte. La science était un sujet d'enthousiasme. Or, cela a complètement changé. Je ne sais pas l'expliquer. Il y a une inquiétude presque idéologique. L'idéologie de la science s'est transformée en idéologie de l'inquiétude. Regardez la manière dont on utilise le mot "chimie". En mal. Or notre cerveau, notre genou, ce bout de papier, c'est de la chimie. Sans chimie, il n'y aurait pas de bio. On oppose "bio" à "chimie", comme si "bio" voulait dire "sans chimie". Or le bio, c'est de la chimie! Cette méfiance est une particularité française. En Allemagne, en Amérique, il y a des littératures de l'inquiétude, mais elles n'ont pas cette résonance populaire qui existe en France. Peut-être est-ce aussi le signe que la bascule du nouveau monde est en train d'arriver ici, alors forcément les gens sont un peu plus inquiets qu'ailleurs… 

«Petite Poucette a trouvé le sens réel du mot 'maintenant'. Elle peut dire : 'main-tenant, tenant en main le monde.»

Y a-t-il eu auparavant des moments d'inquiétude aussi forte qu'aujourd'hui?
 Oui, bien sûr. Dans Petite Poucette, j'en décris deux autres, qui correspondent aux deux précédentes révolutions de l'humanité. La première se situe quand on est passé du stade oral au stade écrit. La deuxième, quand on est passé du stade écrit au stade imprimé. Maintenant, dans la troisième révolution, on bascule du stade imprimé au stade numérique. À chacune de ces trois révolutions correspondent les mêmes inquiétudes… À la première, Socrate fulminait contre l'écrit en disant que seul l'oral était vivant! Au moment de l'imprimerie, il y a des gens qui disaient que cette horrible masse de livres allait ramener la barbarie. Ils affirmaient d'ailleurs que personne ne pourrait jamais lire tous les livres, ce en quoi ils avaient raison. Il est donc naturel de retrouver les mêmes angoisses au moment d'une révolution qui est encore plus forte que les deux précédentes. 

Pourquoi plus forte?
 Un de mes amis a fait un livre sur les "neurones de la lecture". On a repéré les neurones exacts qui sont excités quand on lit quelque chose. On s'aperçoit aujourd'hui que les neurones excités par le numérique, devant un ordinateur, ne sont pas les mêmes! Ce n'est pas seulement le monde, ce sont aussi nos têtes qui changent… 

Jusqu'où ira le changement? 
Je ne parle pas souvent politique, mais là, pour une fois, je vais le faire. Petite Poucette a trouvé le sens réel du mot "maintenant". Qu'est-ce que veut dire ce mot-là? Cela veut dire : "tenant en main". Petite Poucette, avec son téléphone portable, tient en main tous les hommes du monde, tous les enseignements du monde, et tous les lieux du monde par GPS. Donc elle peut dire : "main-tenant, tenant en main le monde". Mais qui pouvait en dire autant avant elle? Auguste, empereur de Rome, des grands savants? Aujourd'hui, il y a 3,75 milliards de personnes qui ont un portable avec Internet dedans et qui "tiennent en main le monde". Cela ne fait pas une nouvelle démocratie? Voilà le nouveau monde. C'est vertigineux, c'est ce qui m'impressionne le plus. Que nos institutions sont vieilles face à cela! Il y a tout à reconstruire. 

Dans quel ordre?
 Une nouvelle université. Il faut aussi construire une nouvelle chambre des députés, une nouvelle représentation politique, un nouveau droit. Le droit tel qu'il est – il n'y a qu'à voir l'échec d'Hadopi – ne correspond plus à la réalité… Le plus grand effort qu'il faudra faire, demain matin, c'est même assez urgent, est de repenser l'ensemble de ces institutions. 

Mais où serait le centre de décision? 
Voyez, vous vous mettez à avoir peur vous aussi! Un jour, lors d'une conférence en Allemagne où il y avait 1.000 personnes dans un amphi, je leur ai dit : "Je vous propose une idée : on fusionne la France et l'Allemagne." La discussion s'est engagée aussitôt, sur le thème "mais alors on aura deux présidents?". Je leur ai dit qu'il n'était pas question de cela. J'ai parlé des Bretons et des Rhénans, des Picards et des Prussiens, et j'ai dit : "On va demander à toutes les Petites Poucettes si elles sont d'accord pour fusionner, et après on verra!" Ils étaient enthousiastes! Non, il n'y a pas de centre de décision. Mais quand on a inventé la démocratie, il n'y en avait pas non plus! On a simplement dit : on va donner un droit de vote à tout le monde. Aujourd'hui, avec le numérique, on pourrait décider de beaucoup de choses en commun et en temps réel, ce ne serait pas difficile à mettre en œuvre. Le monde est une Suisse ! Tôt ou tard, une nouvelle politique se mettra en place. Laquelle? Je ne suis pas assez bon pour le dire, mais je la vois arriver. 

Vous êtes à la frontière du philosophe et de l'oracle… 
Presque du prophète! Non, je ne suis pas Madame Soleil… Petite Poucette a 30 ans, et dans dix ans, elle prend le pouvoir. Dans dix ans, elle l'aura, et elle changera tout cela… Regardez le printemps arabe, le rôle des nouvelles technologies, le rôle des femmes alphabétisées dans ces pays, tout cela est déjà à l'œuvre. Et puis, reprenons l'histoire. En Grèce, avec l'écriture, arrivent la géométrie, la démocratie et les religions du Livre, monothéistes. Avec l'imprimerie arrivent l'humanisme, les banques, le protestantisme, Galilée, la physique mathématique… Il suffit de voir tout ce qui a changé lors du passage à l'écriture et à l'imprimerie. Ce sont des changements colossaux à chaque fois. On vit une période historique. Petite Poucette n'est pas générationnelle. Ce n'est pas l'héroïne de la rentrée, elle est historique. D'ailleurs, une part de la "crise" d'aujourd'hui vient aussi de cela, de la coexistence actuelle de deux types d'humains… Petite Poucette et ceux de l'ancien monde. Son temps à elle arrive.

Petite Poucette, de Michel Serres, Éditions Le Pommier, 84 p., 9,50 euros.

La fabrique de la défiance (livre)



Hiérarchie, inégalités et défiance : telle est la véritable devise de la société française ! Hiérarchisée à l’excès, élitiste, conflictuelle, cette organisation de notre société mine les relations sociales mais aussi la confiance en l’avenir et la croissance. Diffusée à l’ensemble du corps social (entreprises, salariés, partenaires sociaux, Etat…), cette logique empêche pour l’instant la France de sortir de  l’engrenage du déclin annoncé. Depuis 10 ans, ses effets pervers sont accentués par le manque de transparence du gouvernement, de capacité intégratrice du système scolaire et la mauvaise qualité des relations sociales. Autant d’entraves à l’économie française. Pourtant, le déclin n’est pas une fatalité : les nombreuses réformes menées à l’étranger offrent des pistes pour sortir de l’ornière.

Universitaires reconnus, Yann Algan est professeur à Sciences Po, Pierre Cahuc à Polytechnique et André Zylberberg est directeur de recherche au CNRS, membre du Centre d'Economie de la Sorbonne et de l'Ecole d'Economie de Paris. Pierre Cahuc et André Zylberberg ont publié avec succès chez Flammarion en 2009, Les réformes ratées du Président Sarkozy.

Yann Algan, Pierre Cahuc, André Zylberberg, La fabrique de la défiance. 2012. Ed. Albin Michel.

dimanche 30 décembre 2012

L'école Jonathan



En 1974, Charles Caouette fonde l’école alternative Jonathan, pionnière des écoles publiques alternatives au Québec.

« L’école alternative Jonathan est une école primaire publique qui a été fondée en 1974. Dans les trois ou quatre groupes-classes d’une vingtaine d’enfants, les enfants ont de 5 à 12 ans. Parmi eux se retrouvent aussi des enfants qui, dans d’autres écoles, seraient placés dans des classes spéciales ou nécessiteraient des mesures d’orthopédagogie. Les enfants ne sont pas assujettis aux programmes standard d’enseignement. Ils apprennent à leur rythme, à leur manière, ils apprennent surtout par projets et ateliers ; le problème de l’intégration du savoir se pose beaucoup moins qu’ailleurs, puisque les connaissances ne sont pas présentées par disciplines cloisonnées. De plus, l’enfant apprend très tôt à développer sa propre manière d’apprendre, à améliorer ses stratégies cognitives et à en corriger les déficiences (…)
Par ailleurs, il importe peut-être de rappeler une autre dimension essentielle du projet Jonathan. Dès sa conception, en effet, l’école Jonathan a voulu être une école communautaire, c’est à dire définie, gérée et évaluée par l’ensemble de la collectivité. Les parents ont donc toujours été sollicités et aidés à réfléchir ensemble sur leurs propres valeurs et attitudes éducatives et sur leur responsabilité de contribuer activement au changement de l’éducation et de la société (…)
Elle doit demeure une utopie bien vivante et en évolution. »

Charles Caouette, Eduquer. Pour la vie ! 1997. Ed. Ecosociété.


samedi 29 décembre 2012

Grimm : Dame Holle (livre)



Un conte celèbre des Frères Grimm : Dame Holle, un livre cartonné aux images qui tournent pour reveler une partie cachée et faire participer l'enfant à l'histoire.

Superbes illustrations pour ce conte célèbre des frères Grimm, qui offre un univers d'une rare densité poétique. Une jeune fille persecutée par sa maratre tombe dans un puits et découvre l'univers étrange de Dame Hiver à l'édredon magique qui fait la neige... 

Nées en 1987, les éditions IONA, ont repondu à la demande du monde de l'enfance pour des textes et illustrations de qualité pour conter et chanter avec les enfants et donner sens aux évenements de la vie, faire vivre les fêtes de la pédagogie Waldorf-Steiner
.
"Nous sommes dans le monde de l’économie et du marché comme un David contre Goliath. Nos lecteurs sont nos meilleurs ambassadeurs qui nous renvoient en echo le courage et l'enthousiasme sur lequel nous nous fondons."

Grimm, Dame Holle. 2006. Ed. Iona, 16 p.
Illustrateur : Gertraud Kiedaisch / Traduction : Marie-Pierrette Robert


vendredi 28 décembre 2012

Il faut apprendre aux jeunes...


"Il faut apprendre aux jeunes à vivre, à contempler les fleurs, les arbres, les animaux, les oiseaux, les astres... Et tous ces êtres humains qui les entourent, qui sont comme eux et qui voyagent avec eux. Il faut leur apprendre à s'émerveiller, à méditer, à maîtriser les moyens d'expression et de communication, à développer leurs ressources, à découvrir la culture, leur culture, et à y contribuer. Il faut leur apprendre à danser, à rire, à chanter, à se dire par la poésie et la créativité ; leur apprendre à s'aimer, à se respecter, à réaliser que chacun d'eux et unique et irremplaçable. Il faut leur apprendre à créer entre eux des rapports de respect, de coopération, d'amitié et de tendresse. Il faut, bien sûr, les aider à acquérir et à intégrer le plus de connaissances possible pour mieux comprendre et respecter la beauté, l'équilibre et l'harmonie de l'univers qui les entoure. Et il faut les aider à mettre leur savoir au service d'une vie meilleure."

Charles E. Caouette, Eduquer. Pour la vie! 

jeudi 27 décembre 2012

Eduquer. Pour la vie! (livre)



En domestiquant les esprits en fonction des impératifs du marché et de la fameuse compétitivité internationale, l'école pousse les jeunes soit au décrochage, soit à la résignation. Charles Caouette nous propose de rééduquer l'école. Se centrer sur les jeunes plutôt que sur les programmes, avoir confiance en eux et respecter leur rythme d'apprentissage. L'éducation, dans la famille, aussi bien qu'à l'école, leur fournira des instruments qui, les éveillant à la vie, leur permettront de vivre heureux. Ils apprendront l'autonomie, la responsabilité et l'engagement social et seront alors capables de bâtir une société dynamique, audacieuse et solidaire d'où l'exclusion et l'aliénation disparaîtraient.

Charles Caouette, avant tout grand humaniste, est professeur en psychologie de l'éducation à l'Université de Montréal. Conférencier très recherché, il est reconnu internationalement pour ses travaux et ses positions sur l'enfance inadaptée, le décrochage, l'éducation en milieu défavorisé et, enfin, le mouvement alternatif en éducation. En 1974, il fondait l'école alternative Jonathan, pionnière des écoles publiques alternatives au Québec. Charles Caouette est l'auteur de Si on parlait d'éducation. Pour un nouveau projet de société (Montréal, VLB Éditeur, 1992).

Charles Caouette, Éduquer. Pour la vie ! 2005. Ed. Écosociété.

mercredi 26 décembre 2012

La sagesse des anciens chefs indiens




Le Chef Joseph au Grand Chef Blanc.

Si nous ne possédons pas la fraîcheur de l'air et le scintillement de l'eau, comment pourriez-vous les acheter ? Chaque parcelle de cette terre sacrée pour mon peuple. Chaque aiguille luisante de pin, chaque pente sablonneuse, chaque brume dans les bois sombres, chaque clairière et insecte bourdonnant, est sanctifiée dans la mémoire et l'expérience de mon peuple. La sève qui coule à travers les arbres porte la mémoire de l'homme rouge. Les morts de l'homme blanc oublient le pays de leur naissance quand ils vont marcher parmi les étoiles. Nos morts n'oublient jamais cette belle terre, car elle est la mère de l'homme rouge.

Nous faisons partie de la terre et elle fait partie de nous. Les fleurs parfumées sont nos soeurs, le daim, le cheval, le grand aigle, ce sont nos frères. Les crêtes rocheuses, les essences des prairies, la chaleur corporelle du poney et de l'homme, font toutes partie d'une même famille. Aussi, quand le Grand Chef à Washington nous fait savoir qu'il veut acheter notre terre, il demande beaucoup de nous. Le Grand Chef nous fait dire qu'il nous fera réserver une place afin que nous puissions vivre confortablement parmi les nôtres. Il sera notre père et nous serons ses enfants. Nous considérons donc votre offre d'acheter notre terre. Mais ce ne sera point chose facile car cette terre est sacrée pour nous.
L'eau brillante qui coule dans nos ruisseaux et nos rivières n'est pas seulement de l'eau, c'est le sang de nos aïeux. Si nous vous vendons de la terre, vous devrez vous rappeler qu'elle est sacrée. Et vous devrez enseigner à vos enfants qu'elle est sacrée et que chaque reflet spectral de l'eau claire des lacs conte des évènements et des souvenirs de la vie de mon peuple. Le murmure de l'eau est la voix du père de mon père. Les rivières sont nos frères, elles assouvissent notre soif. Les rivières portent nos canoës et nourrissent nos enfants.

Si nous vous vendons cette terre, vous devrez vous rappeler et enseigner à vos enfants que les rivières sont nos frères et les vôtres, et vous devrez dorénavant montrer aux rivières la bienveillance que vous montreriez à n'importe quel frère. Nous savons que l'homme blanc ne comprend pas notre façon de vivre, pour lui une partie de la terre est la même qu'une autre, car il est un étranger qui vient dans la nuit et prend de la terre ce dont il a besoin. La terre n'est pas son frère mais son ennemie, et quand il l'a conquise, il poursuit son chemin. Il laisse derrière lui les tombes de ses pères, il ne s'en soucie point. Il kidnappe la terre de ses enfants, il ne s'en soucie point. La tombe de son père et le droit inhérent de ses enfants sont oubliés et il ne s'en soucie point. Il traite sa mère la terre, et sa mère le ciel comme des objets à acheter, à piller, à vendre, comme des moutons ou des perles de verre brillant. Son appétit dévorera la terre et il ne laissera derrière lui qu'un désert que je ne connais point

Notre façon de vivre est différente de la vôtre. La vue de vos cités fait mal à l'oeil de l'homme rouge. Mais, c'est peut-être parce que l'homme rouge est sauvage et ne comprend pas. Il n'y a pas d'endroit tranquille dans les cités de l'homme blanc, pas d'endroit pour entendre les feuilles s'ouvrir au printemps ou le bruissement des ailes d'un insecte. Mais c'est peut-être que je suis un sauvage et ne comprend pas. Le vacarme semble seulement insulter l'oreille. Et qu'est la vie si un homme ne peut entendre le cri solitaire de l'engoulement ou les discussions des grenouilles autour d'un étang la nuit ?
Je suis un homme rouge et ne comprend pas. L'Indien préfère le doux son du vent glissant rapidement sur la surface d'un étang et l'odeur même du vent, lavée par une pluie du midi ou parfumée par le pin pignon. L'air est précieux pour l'homme rouge, car toutes les choses partagent le même souffle, la bête sauvage, l'arbre, l'homme, tous partagent le même souffle, l'homme blanc ne semble pas s'apercevoir de l'air qu'il respire.

Comme un homme mourrant depuis plusieurs jours, il est inconscient de la puanteur. Mais si nous vous vendons notre terre, vous devrez vous rappeler que l'air est précieux pour nous, que l'air partage son Esprit avec tout ce qu'il fait vivre. Le Vent qui donna son premier souffle à notre grand-père reçoit également son dernier soupir. Et, si nous vous vendons notre terre, vous devrez la séparer et la consacrer comme un lieu où l'homme blanc peut aller goûter le vent parfumé par les fleurs des prairies.
Si nous décidons d'accepter, je poserai une condition : l'homme blanc devra traiter les bêtes sauvages de la terre comme ses frères. Je suis un sauvage et ne comprend aucune autre façon de vivre. J'ai vu un millier de buffles pourrissant sur la prairie, abandonnés par l'homme blanc qui les a tirés d'un train qui passait. Je suis un sauvage et ne comprend pas comment le cheval de fer fumant peut être plus important que le buffle que nous ne tuons que pour survivre. Si toutes les bêtes sauvages venaient à disparaître, l'homme mourrait d'une grande solitude de l'esprit. Car ce qui advient de la bête sauvage advient bientôt de l'homme.

Toutes choses sont liées. Vous devez apprendre à vos enfants que la terre sous leurs pieds est la cendre de nos aïeux. Afin de leur faire respecter la terre, dites à vos enfants que la terre est riche de la vie de vos parents. Enseigner à vos enfants ce que nous avons enseigner aux nôtres - que la terre est notre mère. Ce qu'il advient à la terre advient aux fils de la terre. Si les hommes crachent sur la terre, ils crachent sur eux-mêmes. Ceci nous le savons, toutes choses sont liées comme le sang qui unit une famille. L'homme n'a pas tissé la toile de la Vie, il n'est qu'un fil de cette toile. Ce qu'il fait à la toile il le fait à lui même.
Même l'homme blanc, qui marche avec son Dieu, qui parle avec lui d'ami à ami, ne peut échapper à la destinée commune. Peut-être sommes-nous frères après tout. Nous verrons. Il y a une chose que nous savons, et que l'homme blanc découvrira peut-être un jour, notre Dieu est le même Dieu. Vous croyez maintenant que Dieu vous appartient comme vous désirez que notre terre vous appartienne, mais cela ne se peut pas. Dieu est le Dieu de l'homme et sa compassion est la même pour l'homme rouge que pour l'homme blanc. La terre Lui est précieuse et nuire à la terre c'est mépriser son Créateur.

Les blancs aussi viendront à passer, peut-être même plus tôt que toutes les autres tribus. Contaminez votre lit et la nuit vous suffoquerez dans vos propres immondices. Mais dans votre mort même vous resplendirez, mis à feu par la force de Dieu Qui vous a mis sur cette terre et Qui, pour quelque dessein particulier, guide votre domination sur cette terre et sur l'homme rouge.
Cette destinée est un mystère pour nous, car nous ne comprenons pas que tous les buffles soient massacrés, tous les chevaux sauvages domptés, les coins secrets de la forêt lourds de l'odeur d'une multitude d'hommes et la vue des collines fleuries bloquée par les fils parlants. Où est le fourré ? Disparu. Où est l'aigle ? Disparu. La fin de la Vie et le commencement de la survivance...

mardi 25 décembre 2012

Carl Rogers : l’Approche Centrée sur la Personne



« Qu’est-ce que j’entends par Approche Centrée sur la Personne ? C’est l’expression du thème de toute ma vie professionnelle qui s’est clarifié au cours de mon expérience, de mes interactions avec les autres au fil de ma recherche. Je souris en pensant aux diverses étiquettes que je lui ai données au long de ma carrière : counseling (1) non-directif, thérapie centrée sur le client, enseignement centré sur l'élève, leadership centré sur le groupe. Les champs d’application s'étant multipliés et diversifiés, l’étiquette d’Approche Centrée sur la Personne me semble celle qui la décrit le mieux.

L'hypothèse centrale de cette approche peut être brièvement résumée : 
L’individu possède en lui-même des ressources considérables pour se comprendre, se percevoir différemment, changer ses attitudes fondamentales et son comportement vis-à-vis de lui-même. Mais seul un climat bien définissable, fait d’attitudes psychologiques facilitatrices, peut lui permettre d’accéder à ses ressources.

Il y a trois conditions requises pour qu'un climat soit favorable à la croissance de l'individu, qu'il s'agisse d'une relation client-thérapeute, parent-enfant, leader-groupe, enseignant-enseigné, administrateur-administré. Ces conditions sont, en fait, applicables partout où le développement de la personne est en jeu. J'ai décrit ces conditions dans des ouvrages précédents. Je n'en présente ici qu'un bref résumé mais la description s'applique à toutes les relations mentionnées ci-dessus.

A la première on peut donner le nom d’authenticité, de réel ou de congruence. Plus le thérapeute est lui-même dans la relation, sans masque professionnel ni façade personnelle, plus il est probable que le client changera et grandira de manière constructive. Cela signifie que le thérapeute « est » ouvertement les sentiments et les attitudes qui circulent en lui au moment présent. C'est le terme transparent qui fait le mieux saisir la saveur de cette condition : le thérapeute se fait transparent pour le client.
Le client peut complètement voir ce qu'est le thérapeute dans la relation ; il n'y a en lui aucune réserve que le client puisse ressentir. Par ailleurs le thérapeute prend conscience de l'expérience intérieure qu'il est en train de faire. Il peut la vivre dans la relation et la communiquer s'il le juge opportun. Il y a donc une grande similarité, ou congruence, entre ce qui est ressenti au niveau viscéral, ce qui est présent à la conscience, et ce qui est manifesté au client.

La seconde attitude qui est essentielle à la création d'un climat de changement est l’acceptation, l’attention, l’estime – ce que j’ai appelé le regard positif inconditionnel. Lorsque le thérapeute éprouve une attitude positive et d'acceptation face à tout ce que le client est en ce moment, peu importe ce qu'il est à ce moment-là, il est vraissemblable qu'un mouvement ou changement thérapeutique se produira. Le thérapeute est désireux que le client soit le sentiment immédiat qu'il éprouve au moment même, quel que soit ce sentiment : confusion, ressentiment, crainte, colère, amour ou orgueil. Cette attention de la part du thérapeute n'est pas possessive. L'estime qu'il a pour son client est plutôt totale que conditionnelle.

Le troisième aspect facilitateur de la relation est la compréhension empathique. Cela signifie que le thérapeute ressent avec justesse les sentiments et les significations de ce dont le client est en train de faire l'expérience. Cela signifie aussi que le thérapeute lui communique cette compréhension. Quand il est au mieux de son fonctionnement, le thérapeute est tellement à l'intérieur du monde de l'autre que non seulement il peut clarifier les significations de ce dont le client a pris conscience mais aussi de celles qui se situent juste au dessous du niveau de la prise de conscience. Ce type d'écoute sensible et actif est extrêmement rare dans nos vies. Nous pensons écouter mais notre écoute est rarement assortie d'une compréhension réelle, d'une véritable empathie. Pourtant une écoute de ce type très particulier est l'une des plus puissantes forces de changement que je connaisse.

Comment le climat que je viens de décrire peut-il être facteur de changement ? Brièvement je dirai que lorsque les personnes sont acceptées et estimées, elles ont tendance à être davantage bienveillantes vis-à-vis d'elles-mêmes. Lorsque les personnes sont entendues avec empathie elles peuvent écouter avec plus de justesse le flot de leurs experiencings (2) internes. Dans la mesure où une personne comprend et estime son propre soi, le soi devient plus congruent avec les experiencings. La personne devient plus réelle, plus authentique. Ces tendances, réciproques des attitudes du thérapeute, permettent à la personne d'être un acteur encore plus efficace dans l'accomplissement de son propre développement. A être vraie et totalement elle-même la personne jouit d'une plus grande liberté.
Rogers, 1962

(1) - Le terme counseling est couramment utilisé par Rogers en lieu et place de psychothérapie.
(2) Experiencing: terme qui n'a pas d'équivalent lexical en français. Il signifie une expérience interne qui est en train de se faire.


lundi 24 décembre 2012

La leçon du papillon



Un homme qui se promenait vit un cocon dans un petit trou. 
Il s’arrêta de longues heures à observer le papillon qui s’efforçait de sortir par ce petit trou. Après un long moment, le papillon semblait avoir abandonné, et on aurait dit qu’il avait fait tout ce qu’il pouvait pour sortir de ce trou, sans succès. 
Alors, l’homme décida d’aider le papillon : il prit un canif et ouvrit le cocon. 
Le papillon sortit aussitôt mais son corps était maigre et engourdit, ses ailes étaient peu développées et bougeaient à peine.L’homme continua à l’observer, pensant que d’un moment à l’autre, les ailes du papillon s’ouvriraient et seraient capables de supporter le corps du papillon pour qu’il puisse prendre son envol. Il n’en fut rien ! 

Et le pauvre papillon passa le reste de son existence à se traîner par terre avec son maigre corps et ses ailes rabougries. Jamais il ne put voler. 
Ce que l’homme, avec son geste de gentillesse et son intention d’aider, ne comprenait pas, c’est que le passage par le trou étroit du cocon était l’effort nécessaire pour que le papillon puisse transmettre le liquide de son corps à ses ailes de manière à pouvoir voler. 
La morale de cette histoire est que, parfois, l’effort est exactement ce dont nous avons besoin dans notre vie. Et qu’avec une âme charitable et des intentions louables, on peut parfois faire plus de mal que de bien…

Ruth Sanford

Ruth Sanford (1906-2001) fut enseignante, chercheur et psychothérapeute. Dès 1972, elle fut activement impliquée dans le travail de Carl Rogers et participa à de nombreux ateliers internationaux en qualité de co-facilitatrice. 

dimanche 23 décembre 2012

Vincent Berger : "Le cours magistral est devenu désuet"


Vincent Berger est le rap­por­teur géné­ral des Assises de l'enseignement supé­rieur et de la recherche. Certaines pro­po­si­tions de son rap­port, rendu le 17 décembre à François Hollande, recom­mandent la fin du cours magis­tral à l'université. Une « ins­ti­tu­tion » qui, à l'ère du numé­rique, doit selon lui être repen­sée. Explications.
Un article d’Emilie Salvaing pour http://www.vousnousils.fr , 21.12.12

Vincent Berger, Lors des Assises, la per­ti­nence du cours magis­tral a été remise en ques­tion, pourquoi ?
L'émergence des tech­no­lo­gies numé­riques change la donne. Le numé­rique, ce n'est pas seule­ment un outil, c'est aussi un bou­le­ver­se­ment de notre rap­port aux savoirs. La connais­sance est par­tout, dis­po­nible en per­ma­nence, sur Internet, sur les télé­phones... Cela modi­fie for­cé­ment le rap­port à l'enseignant. Il n'est plus le seul dépo­si­taire de la connais­sance. Il n'est plus là pour déli­vrer le savoir mais pour ensei­gner à « savoir savoir ». Dans ce contexte, le cours en amphi­théâtre, qui est uni­di­rec­tion­nel, parait désuet, voire anachronique.

Par quoi seraient alors rem­pla­cés ces cours magistraux ?
Il ne faut pas ima­gi­ner que le numé­rique puisse résoudre tous les pro­blèmes et que, par son uti­li­sa­tion, on ne vise que la réa­li­sa­tion d'économies ! Rien ne rem­place le contact humain. La valeur ajou­tée de l'université aujourd'hui c'est l'humain. Nous pré­co­ni­sons une double approche, avec d'un côté le déve­lop­pe­ment des cours en ligne et de l'autre une nou­velle rela­tion au savoir entre l'enseignant et l'étudiant avec plus de temps consa­cré au suivi des études. On peut ima­gi­ner davan­tage de tra­vaux diri­gés, de tra­vail en petits groupes et d'échanges directs avec les ensei­gnants. C'est une tran­si­tion qui se fera sur plu­sieurs années, la trans­for­ma­tion des pra­tiques sera longue.

Comment imaginez-vous cette uni­ver­sité en ligne ?
Les Etats-Unis déve­loppent déjà l'université en ligne. Ce pays a un modèle d'université qui selon moi n'est pas tenable en France. Aux Etats-Unis l'enseignement supé­rieur est un mar­ché et où les frais d'inscription sont très élevés. En France, c'est un ser­vice public. Cela doit le res­ter. Mais l'université et l'école en ligne à la fran­çaise sont à construire. Tout est ima­gi­nable, à com­men­cer par une coopé­ra­tion entre les établis­se­ments d'enseignement supé­rieur, avec la mise au « pot com­mun » de cer­tains cours. Toutes les uni­ver­si­tés auraient ensuite le droit d'utiliser ces cours. Dans cette confi­gu­ra­tion, on deman­de­rait aux étudiants de suivre en ligne tel cours avant une date don­née. Bien sûr, cela repré­sen­te­rait un inves­tis­se­ment de départ impor­tant et un énorme tra­vail de fabri­ca­tion du « maté­riau pre­mier » et de réa­li­sa­tion des sup­ports adéquats.

C'est donc l'avenir de nos universités ?
Les uni­ver­si­tés et les écoles fran­çaises s'ouvriraient à tous, sur le ter­ri­toire natio­nal comme à l'étranger. Tout étudiant motivé pour­rait suivre les cours et décro­cher un diplôme, qu'il soit malade et dans l'incapacité de se dépla­cer, qu'il s'agisse des étudiants empê­chés, c'est-à-dire en pri­son, ou encore des élèves fran­co­phones basés à l'étranger, en Afrique par exemple. Si l'université fran­çaise rate ce virage, des struc­tures étran­gères s'engouffreront dans la brèche. Lors des Assises natio­nales de l'enseignement supé­rieur et de la recherche, beau­coup de col­lègues, qui n'avaient pas vu venir ces chan­ge­ments, en ont pris conscience. C'est devenu un sujet d'indépendance natio­nale.

samedi 22 décembre 2012

Multi'Colors remet du vert et de la joie en ville


Sylvie Faye est chef de projet à l'association Multi'colors, qui a pour but d' "Éduquer à la nature et à la ville dans un environnement où la forêt des tours de béton est plus dense que celle des arbres".

L'association travaille avec 125 personnes dans un quartier sensible, à qui elle propose des activités en lien avec la découverte de la nature en ville : ateliers de jardinage accompagnés d'ateliers de pratiques artistiques pour mieux comprendre le milieu urbain et ainsi découvrir la faune et la flore qui s'y trouvent. Afin de ne pénaliser personne, les activités proposées sont gratuites.
 Ils ont ainsi réalisé ensemble quatre "refuges urbains". Ces jardins, à 10 min à pieds les uns des autres, sont des patrimoines naturels qui participent à la re-qualification d'un quartier défavorisé du 20e arrondissement de Paris en créant un réseau de jardins.
 Multi'colors travaille en partenariat avec de nombreux acteurs : associations locales, environnementales, des institutions de la ville de Paris, des fondations, des bailleurs sociaux.
 Pour l'avenir, d'autres jardins Multi'Colors sont en projet, un jardin éphémère et renouvelable au centre de la médiathèque Marguerite Duras, ainsi qu'un jardin, au sein d'une maison de retraite qui accueille des personnes âgées ayant vécu dans la rue et qui sera partagé avec des enfants d'un centre de loisir voisin.


Multi’Colors a au cœur de ses préoccupations de rétablir l’équilibre en mettant fin aux disparités, de donner aux jeunes et aux enfants des quartiers populaires la possibilité de développer leurs compétences, leur créativité.
  • Éduquer à la nature et à la ville dans un environnement où la forêt des tours de béton est plus dense que celle des arbres.
  • Fédérer des artistes, des jardiniers, des éco-éducateurs et des volontaires que leurs parcours et leurs convictions ont conduit à travailler avec des personnes victimes d’exclusion.
  • Offrir aux habitants des quartiers sensibles des activités en lien avec la nature : artistiques, de jardinage, de sciences participatives pour que chacun puisse créer un lien avec le vivant en milieu urbain.
  • Choisir une pédagogie de la responsabilité afin de promouvoir des modes de vie respectueux de l’homme et de la nature.
  • Élaborer, réaliser des projets en partenariat avec un réseau d’acteurs institutionnels et associatifs pour créer ensemble une ville plus verte, humaine et solidaire.
  • Soutenir la créativité, la laisser s’épanouir grâce aux alliances et au dialogue interculturels à partir de la création d’une oeuvre collective.
  • Développer la citoyenneté comme capacité d’action et de participation, inciter les citoyens de demain à devenir des citoyens conscients.


Association Multi’Colors 
36 rue Joseph Python, 75020 Paris 





vendredi 21 décembre 2012

RECREES, Réseau d’Enfants CREatifs et Ecologiquement Solidaires



L'établissement scolaire RECREES (Réseau d’Enfants CREatifs et Ecologiquement Solidaires) existe depuis septembre 2005, à Grambois (Vaucluse). L’Ecole a un effectif actuel de 25 enfants, réparti en 2 classes multi-niveaux : une Maternelle et une Primaire. Depuis Septembre 2010, l'établissement compte une classe de niveau Collège de 10 adolescents.

Il s’agit d’un lieu où les enfants puissent développer leur confiance en eux et en l’adulte, un lieu qui donne du sens aux apprentissages et qui soit accessible au plus grand nombre, une école en lien avec les familles, à l'écoute des besoins et des envies de tous, petits et grands.

Dans ce cadre, ont été définis les objectifs du projet. Il s’agit de proposer :
  • un environnement pédagogique à taille humaine en zone rurale 
  • un cadre naturel, source d’autonomie et de responsabilisation
  • une pédagogie inspirée des courants Montessori et Freinet permettant de respecter le rythme de chaque enfant et de développer la coopération ;
  • un accueil et une intégration de tous les enfants, qu’ils soient particulièrement éveillés, en grande difficulté ou n’ayant pas pu trouver leur place par ailleurs
  • une éducation citoyenne et coopérative
  • une éducation à la communication non-violente
  • une éducation à l’environnement avec sorties pédestres et découverte des milieux naturels
  • une intégration à part entière des activités corporelles et de celles développant la créativité 
  • une ouverture culturelle et artistique sur la région
  • un fonctionnement solidaire, pour être accessible financièrement au plus grand nombre
  • une école associative regroupant enfants, parents et partenaires, et dans laquelle chacun s’implique 
  • un lieu d’échanges innovant sur les pratiques respectueuses du développement de l’enfant 
  • un cadre favorisant le respect, l’autonomie, la coopération, la solidarité, le partage et l’ouverture.


Ce projet est porté par l'Association RECREES, gérée par un collectif composé des parents et des pédagogues. Ce choix assure la cohérence entre le fonctionnement coopératif de la structure et le  projet pédagogique. 

Contact :
ECOLE RECRÉÉS
Domaine de St Léger
84240 Grambois
Tél : 04 90 77 48 19

jeudi 20 décembre 2012

Contribution des écoles Steiner à la consultation nationale sur l'éducation artistique et culturelle


Contribution de la Fédération des écoles Steiner-Waldorf dans le cadre de la consultation nationale  sur l’éducation artistique et culturelle



La pédagogie Steiner-Waldorf a fait le choix de l’approche artistique comme fondement de l’acte pédagogique. Dans le cadre de la consultation nationale sur l’Éducation artistique et culturelle, elle se situe de ce fait sur le terrain de l’école avec la conviction de ne pas être hors sujet bien que le projet politique concerne les prolongements de la vie scolaire. Nous défendons en effet la conviction que l’accès à l’art et à la culture pour tous passe avant tout par l’école. 
De ce fait, notre contribution ne peut qu’inviter à un changement de paradigme : concevoir l’art comme activité fondamentalement formatrice et envisager l’école comme lieu premier d’expériences artistiques. 
Notre contribution est déclinée en six propositions pour que vive réellement l’art à l’école et assortie en annexe d’un descriptif synthétique de la pratique des arts à l’école Steiner- Waldorf.

1. Élargir le concept d’art au métier d’enseignant  
Chaque professeur devrait être en mesure, avant même d’enseigner l’art, d’enseigner avec art. C’est pourquoi chaque professeur a besoin d’une solide formation artistique.  
En effet, plus qu’une science ou une technique, l’éducation est un art qui met en jeu des processus de création individuelle ou collective. Chaque cours est une rencontre unique entre le professeur et les élèves qui s’enseignent mutuellement. Réussir cette rencontre est un art en soi, comme l’est aussi l’organisation d’un cours et la réussite de transitions entre les séquences d’apprentissages.

2.  L’éducation artistique pour tous, du primaire au lycée 
La pratique des arts tout au long de la scolarité permet à chacun d’appréhender son projet propre au risque de tâtonnements et d’incertitudes, mode d’apprentissage qui reconnaît à l’erreur sa vertu formatrice. 
Puissant stimulant de la curiosité des élèves, l’art et ses pratiques génèrent l’esprit d’initiative et le désir de créer. Ils permettent de fonder à la fois la confiance en soi et l’intérêt pour la culture et les créations d’autrui. 
L’art est un donc outil éducatif majeur, puisqu’il puise ses racines dans la création individuelle et dans la relation à l’autre et à la culture.

3. Pour une pratique soutenue des arts de l’espace et du temps
La pratique des arts permet à chacun de s’exprimer librement et induit à force d’exercice et de recherche l’ouverture à la diversité des modes d’expression. 
Cette pratique s’articule autour :
- des arts de l’espace ou arts plastiques : peinture, dessin, dessin de formes, modelage, sculpture et architecture
- des arts du temps : musique, élocution, poésie, eurythmie, théâtre, danse

4. L’histoire des arts, des cultures et des  civilisations : un enseignement fondamental tout au long de la scolarité 
L’histoire des arts, des cultures et des civilisations complète les pratiques artistiques. Elle peut en être tantôt la source et tantôt l’illustration. 
Dès l’école primaire en effet, les élèves ont une curiosité marquée pour les grandes civilisations de l’humanité et leurs mythes fondateurs. Cette disposition est à renforcer par :
- le dessin, le modelage ainsi que des pratiques musicales et d’expression corporelles associées aux  cultures artistiques des civilisations étudiées 
- de fréquentes visites de musées et expositions dès lors que les élèves auront suffisamment, par leur propre activité artistique, abordé ces cultures
- une approche concrète de l’histoire, fondée sur des récits biographiques, traits d’union entre la personne et la société. Plutôt que l’apprentissage abstrait et distant des civilisations et des courants artistiques à réserver au lycée, cette approche a le mérite de susciter un vif intérêt de la part des élèves : le caractère unique d’une vie humaine est toujours passionnant. 

5. Transdisciplinarité
L’enseignement des arts devrait s’articuler le plus souvent possible autour d’un même thème, ce que permet tout spécialement l’enseignement de l’histoire et de l’histoire des arts, mais aussi de nombreuses autres disciplines, comme la géographie, la littérature et même les sciences. Cette pratique de la transdisciplinarité renforce pour les élèves le sentiment de richesse et de cohérence entre les différents domaines qu’ils étudient, cohérence aussi entre les formes d’expression multiples pour les aborder.
La transdisciplinarité devient une évidence pour les enseignants, dès lors que ceux-ci ont une formation artistique réelle ; ils sont alors portés à établir plus spontanément des liens entre les différents aspects de leur enseignement, tant dans la forme que dans les contenus.
  
6. Des artistes dans l’école - des élèves chez les artistes 
De nombreuses expériences ont démontré que l’accueil dans les murs de l’école d’artistes passionnés par leur métier est un stimulant extraordinaire pour les élèves ! Comédiens, danseurs, écrivains, éditeurs, musiciens, architectes passionnent par le lien intime à leur art.
Ils sont souvent eux-mêmes très heureux de rencontrer la curiosité des élèves et leur désir d’éprouver ce que représente l’engagement dans « la vraie vie ».
Suite à ce genre d’expérience, il n’est pas rare que des élèves prennent goût à la lecture, redécouvrent les disciplines scolaires et se sentent encouragés à créer eux-mêmes. 

mercredi 19 décembre 2012

Le boom des cours gratuits sur Internet à l'université




Toutes les universités ont désormais un site Web dédié à l'enseignement (www.universites-numeriques.fr). La plupart ont décidé de faire en sorte que leurs ressources pédagogiques soient de plus en plus souvent rendues publiques. Selon le ministère de l'Enseignement supérieur, qui a financé la formation de deux mille enseignants en la matière, le volume de cours disponibles en fichiers podcast numérisés, vidéo ou audio, a triplé entre 2009 et 2010, passant de 12.000 à 30.000 heures. «Ce chiffre a sans doute encore doublé depuis», assure le responsable des nouvelles technologies d'une université parisienne. Au point que les enseignants sont régulièrement contactés par des passionnés… qui ne sont plus étudiants depuis longtemps.

«Le profil classique, c'est le retraité ou l'ingénieur qui souhaite accéder à des contenus scientifiques très pointus», confie un professeur d'économie de l'université Toulouse-I. À Paris-I, ce sont les cours de droit de Michel Verpeaux, adaptés et enregistrés en studio, qui génèrent le plus de téléchargements. À Rennes-II, les cours en vogue sont des vidéos sur les arts du spectacle et des cours de «narratologie dans le cinéma» ainsi que les cours sur le tsunami d'Hervé Régnauld, professeur de géographie physique. «Les sujets d'actualité attirent beaucoup de curieux en quête d'explications approfondies», explique-t-on.

Cette pratique de la mise à disposition des contenus pour tous est inspirée de la célèbre université américaine Massachusetts Institute of Technology (MIT), pionnier, il y a plus de vingt ans. «On part du principe que plus les ressources sont diffusées et plus les enseignants vont proposer des cours de meilleure qualité», souligne Benoît Roques, directeur adjoint des nouvelles technologies (Tice) de l'université Paris-I. Les documents de cours sont de plus améliorables régulièrement par leurs auteurs. Autre avantage, l'image de l'institution profite de cette ouverture. L'École centrale de Lyon a récemment décidé de mettre en valeur les travaux de ses professeurs et chercheurs en s'inspirant du modèle des conférences californiennes TED diffusées sur Internet. D'excellente qualité, chacune est regardée par des millions d'internautes. «Une conférence podcastée peut rapporter une visibilité internationale à nos enseignants, elle ouvre sur un lectorat qu'ils n'auraient peut-être jamais atteint, mais aussi sur une forme de notoriété personnelle», confie Carole Nocéra, responsable des Tice pour le pôle de recherche et d'enseignement supérieur de Bretagne occidentale.

«L'idée de partager mes cours me plaît»

A l'université Pierre-et-Marie-Curie (Paris-VI), Claude Aslangul fait partie de ces professeurs qui diffusent une grande partie de leurs cours sur Internet depuis maintenant quinze ans. Régulièrement, il se voit contacté par mail par des curieux qui lui posent des questions sur tel ou tel point ou le félicitent. «Ce sont des scientifiques, bien sûr, des ingénieurs de tous les âges, mais aussi souvent simplement des gens curieux qui ont gardé une passion pour leurs études scientifiques et qui veulent progresser pour le plaisir, explique ce professeur qui partira bientôt à la retraite. L'idée de partager mes cours me plaît, car je trouve que l'université ne fait pas encore suffisamment de choses en direction du grand public.» Les «mentalités évoluent», estime-t-il, mais certains de ces collègues sont encore un peu réticents en raison du travail supplémentaire que demande une mise en ligne: «La présentation doit être soignée, attrayante, régulièrement mise à jour, etc. C'est beaucoup de travail», détaille-t-il.

«Une aventure positive»

Claude Aslangul n'a «jamais eu de stratégie de notoriété» en diffusant ses cours, même si, remarqués par un éditeur, ces derniers lui ont permis d'être publié et d'écrire trois livres sur les mathématiques et la mécanique quantique. «Cette aventure a été très positive pour moi», reconnaît-il. Mais son but reste de «permettre à qui veut d'en profiter. J'ai avant tout le souci du service public, car c'est selon moi l'une des tâches premières des universités.»

Économiste financier dans une banque parisienne, Philippe Trazit, 35 ans, s'est pris de passion pour les cours du physicien en surfant sur Internet: «Je cherchais un cours de mathématiques appliquées pour me perfectionner dans ce domaine et je suis tombé sur son cours, remarquablement bien fait, de mathématiques pour physiciens.» Ancien lettré, l'auteur écrit à «la manière des traités mathématiques du XIXe siècle», explique-t-il: «C'est très littéraire, très plaisant à lire avec beaucoup de volonté d'explications par rapport à un cours standard.» Après avoir échangé quelques messages avec le professeur pour le remercier et lui poser des questions sur son parcours, il a fini par acheter l'un de ses livres, qui trône désormais en bonne place dans sa bibliothèque scientifique…